Radio Artisanale

Marque: Aucune
Type: ......
Année 1935

Tubes: ECH3, EBL1, 5Y3GB et 6G5

Type: Superhétérodyne
Gammes d'ondes: 3 gammes. GO, PO, OC
Retauration: Février 2026
Schéma: non
Documents: non

C’est une radio conçue entièrement de façon artisanale.
Chaque étape, de la conception technique au choix de la programmation, est faite à la main. Rien n’est standardisé, rien n’est automatisé à l’excès. C’est une création unique, façonnée comme un objet d’artisanat sonore.
Une tentative de réparation avait été faite, mais en réalité, elle est aujourd’hui complètement désossée. Il ne reste que le châssis. Les éléments essentiels ont disparu : haut-parleurs, bobines d’excitation, transfos d’impédance…


Quand je l’ai reçue, elle était entièrement démontée. Le châssis séparé de sa caisse en bois, les boutons à part, le cadre en verre posé de côté. On voyait bien qu’une réparation avait été commencée, mais jamais terminée. Malgré cet état, elle a gardé tout son charme. Et pour moi, elle mérite largement sa place dans ma collection.
Je l’ai trouvée sur Leboncoin. Sur le forum, elle s’est fait totalement dénigrer. Certains ont même parlé de "musée des horreurs". Mais franchement, cette radio n’est pas plus vilaine qu’un poste en plastique des années 50. Ou que ces fameux postes "à oreilles".
Chacun ses goûts. On aime ou on n’aime pas, mais on ne critique pas.
Les postes en plastique des années 50 n’ont pas forcément plus de charme.
Les modèles "à oreilles", avec leurs grands pavillons latéraux, sont parfois jugés kitsch aussi.
Au final, c’est une question de sensibilité personnelle. Certains aiment l’authenticité brute, d’autres préfèrent le design industriel lisse.

Description:
Un jeu de tubes surprenant, de fond de tiroir, sans doute assemblé à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comme on peut le constater, le jeu de tubes est composé de trois types différents

Je dois le reconnaître : cette radio est dans un drôle d’état. Le châssis est fortement rouillé, le transformateur aussi… Il va falloir tout démonter pour traiter l’oxydation et appliquer deux couches de peinture. Mais c’est justement ce défi qui fait son intérêt. Chaque étape de restauration est une occasion de lui redonner l’éclat et la dignité qu’elle mérite.


Il sera nécessaire de changer tous les condensateurs et de refaire l’intégralité du câblage électrique. Ce poste, ce n’est pas simplement un objet à dépoussiérer.
On va profiter qu’elle soit déjà démontée pour contrôler les deux transformateurs moyenne fréquence, ainsi que le transformateur d’alimentation. On les testera à vide, sur l’établi. Ces vérifications sont essentielles avant d’entamer le recâblage, parce qu’elles conditionnent la fiabilité et la sécurité de l’ensemble.
Grosso modo, voilà le programme :

En examinant le bloc d’accord, je constate qu’il a perdu ses billes de positionnement. Ça, ce n’est pas le plus critique. En revanche, certaines selfs en nid d’abeille sont arrachées et plusieurs fils sont coupés. Il y a donc de fortes chances que ce bloc d’accord soit défectueux. Ce sera une vérification à faire en toute fin de restauration, une fois le reste de la radio remis en état.


Quand je regarde le châssis totalement dépouillé, j’observe la fabrication. Et je me rends compte que l’artisan a eu énormément de mal à trouver un équilibre entre solidité et adaptation des pièces. Certains perçages sont approximatifs, certaines fixations semblent improvisées. Comme si chaque élément avait été monté avec les moyens du bord.


J’ai l’impression que les perçages pour les douilles des lampes ont été réalisés au petit burin, à la main. Les contours ne sont pas parfaitement ronds. Ils portent la marque d’un travail artisanal rudimentaire. Ça témoigne des moyens limités dont disposait le constructeur. Mais aussi de sa détermination : même sans outillage de précision, il a trouvé une solution pour faire naître sa radio.


Restauration:
Valeurs du transformateur d’alimentation
Primaire :
110v 11.2Ω
120v 12.4Ω
130v 12.8Ω
150v 14.6Ω
220v 29.4Ω
250v 36.0Ω
Secondaire
5v  1Ω
6.3v 1Ω
2x 375v  2x540kΩ

Un maximum de composants a été démonté pour pouvoir nettoyer le châssis et le traiter contre l’oxydation. Je lui ai appliqué deux couches de peinture.



Tous les condensateurs ont été remplacés par des modèles modernes, avec les mêmes valeurs que les originaux.
L’ensemble du câblage a été refait à neuf.
Chaque tube a été testé au lampemètre. J’ai vérifié les courants de chauffage et de cathode pour m’assurer qu’ils étaient en bon état.
Et avant de remonter les transformateurs moyenne fréquence, les MF, il a fallu les tester impérativement : résistance du primaire, du secondaire, continuité, et surtout absence de court-circuit.


Essais:
Suite à ça, les premiers essais ont pu commencer. J’ai vérifié l’alimentation avec le transfo et le tube 5Y3GB, la valve. La haute tension monte vite. Sous charge légère, je mesure environ 350 volts. On est dans les clous pour les condensateurs.
Ensuite, essai avec la 5Y3GB et la EBL1, l’étage final. Au bout de quelques secondes, une légère ronflette dans le haut-parleur. J’injecte un signal basse fréquence à l’entrée du tube... et ça sort dans le haut-parleur. L’amplification fonctionne.
Avec tous les tubes en place, la radio ne capte rien. Normal, le bloc d’accord est HS. Mais j’entends une petite friture dans le haut-parleur. Et quand je tourne le condensateur variable, la friture réagit. Ça veut dire que la radio marche. C’est juste le bloc d’accord qui est mort.
Étape suivante : remplacer ce bloc d’accord. Et c’est pas une mince affaire. Une multitude de fils à brancher, et il faut trouver un modèle compatible avec le tube ECH3.
Dans mes docs, je retrouve la référence : c’était un bloc EGAL type F375 à égalisation. En fouillant mon stock, je tombe sur un bloc Supersonic, type Pretty. Parfait, il est compatible avec une ECH3.


Je l’ai remplacé en suivant le schéma du fabricant à la lettre. Chaque connexion vérifiée au multimètre avant de remettre sous tension. Résultat : la radio fonctionne sur toutes les gammes.
Comme je le disais, cette radio n’a plus ni haut-parleur, ni bobine d’excitation, ni transfo d’impédance.
J’ai trouvé dans mon stock un haut-parleur avec son transfo d’impédance. Ça colle. Seul problème : la self d’excitation du haut-parleur est coupée. Il va falloir la rebobiner.
Ce genre de bobinage n’a rien de sorcier. C’est juste du fil enroulé pour obtenir environ 1 kilo à 1,5 kilo-ohm.


Pour ça, j’ai fabriqué un touret en carton, pile à la taille du sabot du haut-parleur. Ensuite, un axe dans une visseuse... et j’ai bobiné la bobine complète.


Caisse en bois:
La caisse en bois n’est pas très abîmée. Il y a juste les deux angles cassés, sur un côté. Je ne sais pas si c’est dû au transport, mais on dirait que le bois est vermoulu. Comme rongé par des petites bêtes. Il va donc falloir la traiter contre les parasites.


J’ai acheté un produit en bombe. J’ai commencé par injecter le produit dans chaque petit trou, pour tuer les éventuels vers qui seraient encore là.
Ensuite, j’ai recréé les deux angles avec de la pâte à bois. Une fois durcie, il suffit de poncer pour redonner la forme de la moulure. Je m’y suis pris à deux ou trois reprises pour avoir quelque chose de correct. Un peu de teinte, et on ne voit quasiment plus que la caisse a été réparée.


Deux couches de vernis satiné... et la caisse a retrouvé toute sa splendeur.


Conclusion:
Au final, ça a été une super restauration. Le plus dur : rentrer dans la tête de l’artisan. Piger son montage, avec ce jeu de tubes un peu bâtard. Et pourtant, ça marche. Et même très bien.
Des heures de boulot, parce qu’il fallait tout reprendre. Mais aujourd’hui, elle chante. Petites ondes, grandes ondes, elle capte tout. Avec une sensibilité étonnante.
Comme quoi, même avec des moyens du bord, un artisan passionné peut faire naître des merveilles.


Elle est différente. Unique. Et c’est pour ça que je l’aime.
Aujourd’hui, elle a sa place dans mon musée. Au milieu des autres, mais pas comme les autres.

 

 

Kenavo ar wech all, evit un istor nevez.
À bientôt, pour une nouvelle histoire.

 

Vidéo de son fonctionnement:

 

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(©) C.L. & Dominique FOREY, Juin 2025

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